CARNETS DE ROUTE
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déc 2010 - mars 2011
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10iéme Voyage
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juin 2011 - juillet 2011
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11ième Voyage
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29 nov . 2011 - 8 fév. 2012
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PRENEZ S'IL VOUS PLAIT, LE
TEMPS DE ME LIRE

Cela ne vous prendra qu'un
court instant de votre vie
A ce jour, du printemps 2008 j'ai passé plus
d'une année (en mois cumulés) auprès
des Sénégalais.
En quelques phrases, je souhaite vous exprimer le fond de
ma pensée qui en résulte:
Malgré les apparences, une très grande majorité
de Sénégalais vit très mal et les maux
les accablent, car ils sont incapables de changer de comportement.
Ils vous diront que tout va bien alors qu'ils sont au bord
du gouffre, accablés par leur destin
Partout dans les familles, sur les chemins de la brousse,
dans les villages et les villes, chacun cultive sa propre
superstition, chacun cherche les moyens de se sortir de
la misère mais ne fait rien pour changer d'attitude.
Ils accordent beaucoup trop d'importance à la parole
de leur Dieu, mais ne pratiquent que pour se préserver
de la malédiction divine
Les rites, les traditions et les Inch'Allah (si Dieu le
veut) anéantissent toute transformation ou rénovation
de leur esprit et par voie de conséquence étouffent
et ruinent leur quotidien.
Ils ont le potentiel culturel pour tenter une autre forme
d'existence mais sont trop empêtrés dans leur
coutume pour entreprendre une autre forme de société.
Ils caricaturent et reproduisent alors qu'ils devraient
créer
Rien de plus absurde en ce qui les concernent, que de poursuivre
sur cette voie, que d'écouter ces " guides "
de la foi alors qu'il serait plus utile d' arborer de nouvelles
règles sociales pour modifier en profondeur les règles
économiques
tout en préservant sa propre
foi
Particulièrement évident dans les campagnes
où la tradition est encore plus encrée, la
place de la femme en Afrique demeure un sujet préoccupant.
Parmi les difficultés, la polygamie provoque des
effets dramatiques en termes de moyen pour l'homme qui devra
assurer les dépenses de toute les familles composées
mais
qui ne peut pas y faire face
Evidement, trop soucieux de se maintenir à la tête
de l'Etat et de perdre le pouvoir s'ils en changeaient les
règles, les politiques et les financiers, font tout
pour entretenir ce traditionalisme et conservatisme dont
il est aisé de mesurer les conséquences
Ils ont la terre et l'eau mais ne s'en servent pas.
A l'image des pays industrialisés une majorité
de sénégalais préfère s'agglutiner
dans les cités pour puiser le quotidien sans penser
au lendemain. Beaucoup d'entre eux aspirent à quitter
leur pays au risque de périr
puisqu'il n'y
a pas d'autre alternative disent-ils, autant tenter l'aventure
du clandestin
CARNET de ROUTE (oct 2006
- mars 2008)

L'envol pour le troisième
séjour au Sénégal s' effectue sans
encombre. Je quitte la France avec un pincement au cur
car la séparation avec ceux que j' aime sera de trois
mois environ. Cependant compte tenu de tous les projets
en tête, j'éprouve un brin de joie intérieure.
L'escale à Casablanca est de 5heures. Je profite
de tout ce temps libre pour commencer mon carnet de route.
Après un bon voyage je me repose enfin en terre africaine
à trois heures du matin (heure française).
La rencontre avec N'Diaye et sa femme est des plus chaleureuse.
Je fais la connaissance de son jeune frère qui les
a rejoint pour veiller la nuit sur le resto. Les vols par
effraction sont fréquents, surtout si l'on a faim
et
que les poches sont vides
.
A présent j'occupe en grande partie ma journée
dans le petit " resto "que nous avons créé
voici 6 mois. Mon absence lors de sa mise en route fut préjudiciable
me semble t-il mais pas dramatique; pour ranger les ustensiles
de cuisine et les réserves, je fabrique des étagères.
Je dois m'armer de patience pour trouver le bois nécessaire
à l'équipement, pour le scier et l'adapter
à des murs de terre tendre...car les outils font
défaut ou des plus usagers
mais dans l' ensemble
le résultat est satisfaisant
à la mode
africaine
Je m'efforce surtout de rendre les lieux plus hygiéniques.
Je ne souhaite rien imposer au jeune couple qui en assure
la gestion mais je leur montre ce qui me semble être
le minimum pour maintenir les lieux propres. Tout est difficile
à se procurer et je suis en vadrouille pour trouver
ce dont ils ont besoin ; c'est très cher, que ce
soit les produits de base ou le matériel.
Je mange midi et soir au " petit resto
" de Ndiaye pour 600F cfa (moins de 1€) . Il sert
en moyenne une vingtaine de portions sur place ou à
emporter. A ce prix comment va-t'il joindre les deux bouts
? Je lui ouvre un cahier de comptabilité pour établir
à la fin de chaque mois un bilan.
NDiaye est de confession musulmane, c'est pourquoi il ne
sert pas d'alcool mais des boissons sucrées ou du
café Touba.(50F cfa la tasse).
Je croise sur ma route des personnes qui me
reconnaissent depuis mon dernier séjour et c'est
un grand moment de plaisir partagé. Je rends visite
à deux familles dont l'enfant est parrainé
par un membre de l'association. Un des papas est décorateur
sur bois . Ce qu'il fait avec presque rien est étonnant.
Il décore les portes, les contours des glaces etc
avec de la sciure de bois et la colle à bois ; il
compose également des tableaux en relief... il ponce
et cire ces objets avec du cirage de couleur. C'est très
beau. Je pense ramener en France quelques uns de ces objets
pour les vendre et lui procurer ainsi un peu d'outillage
et pourquoi pas une ponceuse qui lui rendrait un grand service.
Marié et père de trois enfants, il vit à
Mbour.
Les deux machines à coudre que j'avais embarquées
sont bien arrivées et font déjà office.
Je trouve un vélo neuf " made in chine "
pour 60€ . Il fera tout juste la campagne 2007/2008,
sa solidité n'est pas à toutes épreuves.
Je m'en sers quotidiennement. C'est très pratique
pour se déplacer à condition de rester sur
la terre ferme car sur les pistes de sable, bonjour les
mollets... Quant à la nourriture je continue de manger
l'assiette de riz blanc aux oignons et piments accompagné
d' un poisson grillé ou poêlé. J'achète
aussi des mangues, des bananes et des pastèques.
La viande est par contre dure à moins
d'acheter le filet de zébu (10€ le kg). Pour
les sénégalais la vie a augmenté depuis
les dernières élections, beaucoup d'entre
eux me disent ne faire qu'un repas par jour.
Hier dimanche, j'ai rencontré les villageois
de Keur Gondé (250 personnes environ) pour remettre
l'unique pompe en état de marche. Elle devrait être
opérationnelle d'ici la fin de cette semaine. Mercredi
prochain je rendrai visite à un autre village pour
envisager la création d'une mini-épicerie
avec une réserve de riz, d'huile, de bougies etc
(il n'y a pas d'électricité dans ce village
éloigné de 3 kms environ de la route principale)
et les femmes font de multiples aller-retour pour acheter
l'indispensable pour nourrir la famille.
Je rencontre des français qui résident
au Sénégal. Ils décident d' adhérer
à l'association et sont prêts à me donner
un coup de main. Ils possèdent un véhicule
qui me permettra à l'occasion de me déplacer
plus facilement.
Je me repose en début d'après
midi, la température est très élevée
et encore assez humide. La nuit, je dors assez bien, malgré
des moustiques baladeurs qui fredonnent à mes tympans
et qui passent je ne sais comment à travers le moustiquaire
pour me piquer. J'abandonne cependant le traitement antipalud.
le temps défile très rapidement
depuis mon arrivée au Sénégal voici
quatre semaines. Il faut dire que je me donne la peine de
favoriser la course contre la montre
J'ai tellement le désir de concrétiser l'ensemble
des projets que je m'empresse de contacter et de rencontrer
les différents antagonistes pour aboutir à
la mise en uvre du puits et la pose des pompes.


La visite aux familles et des enfants dans
les écoles se poursuit, mais force est de constater
, que rien n'est simple en Afrique noire . Je dois en permanence
me souvenir que je n'ai ni la même culture ni la même
conception de la vie des hommes et des femmes que je croise.
Je m'adapte et j'apprends tous les jours à mieux
les connaître et à cerner nos différences
pour éviter de décevoir et d'être déçu
en retour. C'est tout de même passionnant et je poursuis
volontiers cette nouvelle aventure dans ce monde de misère
et d'oubli
Fidèle aux engagements pris avec le village de Keur
Gondé je remplace la pompe du puits, trop onéreuse
pour la réparer. L'acquisition d'une pompe à
main très rudimentaire pour nous européens
mais pratique et efficace pour les africaines (seules à
puiser l'eau) est de 90.000F cfa alors que la réparation
coûterait 130.000F cfa (200€ environ).
Samedi 10 nov. j'assiste à un conseil de représentant
du village suivi de la pose de la première pierre
d'une école financée par une association bretonne.
L'arrivée en 4X4 (neuf) des représentants
français me semble déplacée dans ce
petit village où tout fait défaut. En fait
je pense que je suis le seul à être gêné...car
le Sénégalais est à présent
accoutumé au fait.
Il fait très beau sous le baobab comme tous les jours
d'ailleurs depuis mon arrivée et assis au milieu
de tout ce monde, la rencontre mérite la photo,...
vers les 13h00 alors que le thermomètre ne cesse
de grimper, autour des 40° au soleil, j' enfourche le
vélo pour rejoindre ma case...et me reposer...
La tête se remplit d'images tout autant que la carte
mémoire du numérique
j'ai déjà
de quoi projeter et animer nos prochaines rencontres
pour vous faire partager toutes mes émotions.
A présent, je poursuis ma tâche au Village
de Keur Yougar. Même constat, ni eau à proximité
ni électricité évidemment
la
saleté et la misère
même si les
enfants mangent à leur faim le riz quotidien ou le
mil pilé et semblent insouciants et heureux
Ce constat m' entraîne à effectuer des démarches
pour la construction d'un puits. Différents devis
me conduisent à choisir " arbitrairement "
le futur réalisateur. Tous se disent maçons
mais si demain tu leur demandes d'être réparateur
de vélo ou mécano, ils te disent qu'ils le
sont également. Tout se marchande et attention à
l'arnaque... car pour le sénégalais en général,
tous les blancs sont riches... et ils tâchent d'en
profiter au maximum. Ce soir lundi je signe le contrat de
construction.
Avec 470.000 F cfa (soit 725€) je réalise le
puits de 180cms de diamètre intérieur sur
12 à 15 mètres de profondeur suivant l'arrivée
de l'eau, cimenté et protégé en surface
par une dalle en béton pour supporter la pompe à
main de 90.000F cfa (137€).
A ce jour j'ai rendu visite à toutes
les familles dont l' enfant est parrainé par l'association.
Vendredi 23 nov. je passe une matinée avec ceux de
l'école Charlemagne de Rufisque . Je suis vraiment
surpris par le soin que mettent ces enfants à écrire
et aux résultats déjà acquis après
quelques semaines de classe seulement. Je constitue tout
un dossier que je me ferai un plaisir de montrer à
mon retour aux différents parrains et marraines;
Mon retour de Rufisque est des plus difficiles. J'emprunte
le taxi brousse collectif et pour faire les 65kms, je mets
5H00 . Seul blanc, dans ce minicar branlant, nous sommes
une trentaine de personnes, la température est suffocante
quand aux odeurs ce n'est pas mal non plus...
Voilà quelques nouvelles , j'espère que la
transmission Internet va fonctionner. J'ai beaucoup de problème
pour maintenir la connexion sans parler des nombreuses coupures
de courant. C'est pourquoi je vous demande de me confirmer
la réception du courriel car je ne sais jamais s'il
arrive à destination.
7h00 le 17/11 un réveil comme je les
aime dans le calme, coupé cependant par la prière
matinale de l'imam. Comme tous les jours depuis mon départ
le ciel présage une chaude journée. Heureusement
que les nuits sont à présent plus fraîches
et me permettent une excellente récupération.
Je me lance dans le bâtiment, et je décide
après le puits, de bâtir un local en dur qui
fera office d'épicerie au petit village de Keur Youglar.
Il permettra de servir une population d'une centaine de
personnes environ qui doit faire des Kms pour se ravitailler
en riz, sel, huile et autres ingrédients qui rentrent
dans la composition de leur repas quotidien. Dimension quatre
sur cinq mètres, recouvert de tôles et une
porte en fer et pour éviter le pillage, une personne
fera la surveillance la nuit. Une autre gérera le
stock. Le bois fait défaut, c'est donc en briques
liées au ciment, le tout ceinturé avec des
longrines ferraillées : coût de l'opération
1500 € environ. Le chef du village me cède un
bout de terrain
Je commence une autre démarche auprès des
sénégalais que je vois quotidiennement. Il
s'agit de l'alphabétisation. J'ai pour l'instant
deux élèves adultes.
Un constat après quelques séances, pour ces
adultes, l'assiduité fait déjà défaut
mais comment peut il en être autrement quand on n'a
jamais été à l'école
20/11
J'espère que ce message trouvera toute la famille
en bonne santé. Me concernant tout va très
bien et je m'adapte parfaitement à cette vie africaine
.
Si je parle climat, la chute de la température est
importante au point que l'eau de l'océan n'est plus
qu'à 22°. Les nuits sont relativement fraîches
et ne dépassent pas les 17°. Autant dire que
l'hiver est arrivé. Les Sénégalais
commencent à " trembler " de froid et se
coiffent d'un bonnet. Ma consommation en eau potable s'en
ressent évidement dans la journée... Pour
la nourriture, je suis toujours au riz poisson à
midi et poisson riz le soir
j'ai tenté de manger
de la viande mais j'ai peur pour mes dents
Heureusement
que le poisson est toujours excellent même si son
prix a augmenté. La pêche est soi disant moins
importante depuis quelques temps. Est-ce dû aux chaluts
étrangers de plus en plus nombreux qui envahissent
les côtes de l'Afrique et qui ratissent tout sur leur
passage avec leurs immenses filets ? On peut le croire
Je goûte aussi aux ufs et demain je mangerai
du poulet
pour les fruits, la saison des mangues se
termine, par contre les pastèques, oranges vertes
et mandarines envahissent les marchés pour un prix
avoisinant les 600 à 800F cfa le Kilo. Je me procure
également du fromage de chèvre dont le goût
est moins fort que celui que l'on mange en France et un
excellent miel avec lequel je déjeune à présent.
Cela fait un mois aujourd'hui que je suis sur le sol Africain.
Premier constat j'apprends tous les jours à mieux
connaître tout ce qui touche l'Afrique noire et les
gens que je croise, qu'ils soient noirs ou blancs
28/11/07
Ma résolution d'aider, à ma mesure, ce pays
depuis mon premier voyage voici un an, n'a pas varié
même si je découvre des travers qui m'avaient
échappés lors de mes deux précédents
voyages. Je ne m'arrête pas malgré les difficultés
rencontrées sur le terrain car trop grand est le
fossé qui sépare leur quotidien du nôtre
pour penser un seul instant, les abandonner.
Je m'aventure à présent seul en vélo
et à pied lorsque la roue s'enfonce trop profondément
dans le sable. Je tombe ainsi dans les petits villages de
brousse où tout fait défaut mis à part
la pollution visible (sacs plastiques en particulier
)
et je n'ose pas parler de tous ces gens dont le souci évident
n'est pas de savoir comment on peut gérer les déchets.
La collecte des ordures ménagères n'est évidemment
pas généralisée et cela n'a pas l'air
de les toucher particulièrement.
Ce qui me touche par contre, est le peu de considération
que les hommes ont vis-à-vis de " " leurs
épouses "... A la question pourquoi il n'attelle
pas le cheval pour chercher l'eau au puits afin de soulager
le travail des femmes qui puisent et portent trente litres
d'eau sur leur tête de nombreuses fois par jour, la
réponse est que le cheval doit se reposer après
l'hivernage. (saison des pluies) car le travail des champs
est important
Je suis affecté également par la forte natalité
et tout ce que cela entraîne. Morveux, sales, ces
jeunes enfants connaissent cependant deux mots " cadeau
Toubab " quand je les croise. Je peux dire sans me
tromper que peu nombreux sont ceux qui sortiront de cette
misère si le monde continu d'être aussi égoïste.
Même si l' école existe au Sénégal,
la scolarisation n'est pas obligatoire et nombreux sont
ceux et surtout celles qui atteindront la majorité
sans savoir ni lire ni écrire.
2/12
J'arrive en ce dimanche matin de Sinthiarne, petit village
situé à 10kms environ de ma case. J'ai livré
deux poulies pour équiper les deux puits . Je vais
y retourner dans la semaine avec quelques médicaments
que je vais me procurer à la pharmacie de MBour.
Un grand-père qui perd la vue, souffre énormément
et m'a demandé de le soulager
.et plusieurs
personnes sont atteintes par le palud.
Le médicament qui soigne et guéri est trop
cher pour qu'ils puissent se le procurer. (4800F cfa la
boite , soit l'équivalent de deux à trois
jours de travail pour un ouvrier)
. 3/12
Je reprends dès ce lundi matin mon carnet de route
en attendant de retrouver au petit resto mes jeunes protégés
N'Diaye, Papys, et Fama . Il s'agit aujourd'hui de faire
le bilan du mois d'octobre; s'il est positif, j'envisage
le remboursement d'une partie du crédit comme cela
a été prévu dans le contrat passé
avec N'Diaye. Cette somme, même minime, sera reversée
dans une autre opération humanitaire.
J'ai parlé de " travers " dans mon précédent
courrier. Un autre exemple : il s'agit des rapports que
les africains ont avec les " toubabs " et de l'intérêt
personnel qu'ils affichent et qui prime sur tout. Tout enfant
que je croise me dit " cadeau toubab " et une
forte majorité d'adultes de tout âge ose vous
aborder pour vous solliciter
Etat de fait sensible dans cette région touristique,
elle est cependant moins présente sur le reste du
pays que j'ai visité. Dans certains villages ou gros
bourgs du sud du pays, j'ai été bien moins
sollicité.
Si cette réaction est malgré tout légitime
elle devient pesante et difficile à supporter au
quotidien; devant cette situation l'envie de se boucher
les oreilles pour ne plus entendre ou de fermer les yeux
pour ne plus voir est parfois très forte. Il est
vrai aussi, que devant autant de misère le choix
que je fais vers telle ou telle personne est arbitraire,
mais comment peut-il en être autrement
?
Un autre sujet sur lequel mon attention est attirée,
est le problème de la santé.
En apparence les personnes au Sénégal sont
bien portantes, cependant nombreux sont les enfants qui
décèdent encore du paludisme ou de la fièvre
jaune et je pense évidemment à tout ce qu'un
médecin ou une infirmière pourraient apporter
dans ce pays. Dans le village de N'Guekorkh ( 3000 à
4000 habitants et peut être plus) les soins sont dispensés
par un seul infirmier d'état et le médecin
se trouve à M'Bour distant de 8 kms (population :
plus de 10000 personnes). J'ai côtoyé une personne
qui m'a parlé d'une aide en provenance d'une association
pour former deux infirmières. Malheureusement cette
formation n'avait pas abouti par manque de vigilance. (détournement
de l'aide au bout d'un certain temps
m'a-t-il dit
au profit du directeur
sénégalais
)
Ce fait démontre parmi tant d'autres, toute la difficulté
que l'on rencontre lorsque nous voulons établir des
liens porteurs d'espoir et qui permettraient surtout d'
améliorer leur santé. La corruption prime
sur tout, mais paradoxe, sans elle beaucoup " crèveraient
"
Concernant le local qui abritera l'épicerie, la construction
est bien lancée. Mais comme tout ce qui se fait en
Afrique, pour réaliser un tel projet, il faut se
retrousser les manches et garder son calme. La notion de
temps n'a pas la même valeur et la patience est essentielle
pour arriver à un résultat. J'espère
que d'ici la fin de l'année, nous ouvrirons le local
aux résidents du village.
Ma rencontre avec le couple de retraités
français vivant à présent au Sénégal
me permet de voyager pendant deux jours vers la région
du Sine Saloum proche de la Gambie que j'avais traversée
en mars dernier. Distant de 250kms de mon lieu d'attache
la région est plus boisée et les terres un
peu mieux cultivées. Villages et villageois de Badoudou
sont des plus accueillants ; nous conversons de tout et
de rien autour d'un " thieboudienne " . Fait de
riz pillé, d'oignons, de légumes et de poissons,
son goût est excellent. Le marché du dimanche
matin du bourg de Toubakouta m'aurait permis d'immortaliser
ces instants si je n'étais pas tombé en panne
de batterie
je me promets d'y retourner car j'ai été
émerveillé par tout ce que mon regard a croisé.
De nombreux petits marchands proposent sur de minuscules
étals trois fois rien
" pour trois fois
rien "
toutes sortes de piments ou petits légumes
fraîchement cueillis ou séchés
plaisir
des yeux et de l'odorat
le mélange des odeurs
surprend mais reste très agréable
12/12
Je passe la matinée de mercredi avec le charpentier
pour poser la toiture de l'épicerie. J'ai fait livrer
les chevrons et les tôles par un charretier après
avoir négocié le transport à 4000F
cfa pour une distance à parcourir de 5 Kms environ
. Pour la petite histoire, à mon retour, je crève
la roue arrière du vélo sans possibilité
de réparer et le trajet sur la piste sablonneuse
est assez physique sous un soleil chaud, très chaud
Heureusement que je fais suivre dans le sac à dos
une bouteille d'eau
Le toit de tôles est posé à présent.
La fermeture de la porte et de la fenêtre doit suivre
dans quelques jours. Le sol sera recouvert de carreaux cassés
liés au ciment ; simple à poser et peu onéreux
cela permettra de faire l'entretien plus facilement. Ensuite
nous poserons les étagères et une planche
qui fera office de banque.
La préparation de la Tabaski est sur
les lèvres de tous les Sénégalais.
Cette fête musulmane est la plus populaire ; elle
est fixée au 21 décembre. Fête établie
par le calendrier lunaire, elle commémore le sacrifice
d'Abraham. Chaque musulman se doit dans la mesure de ses
moyens d'égorger le mouton, de le faire griller et
de le partager en famille et avec ses voisins. Les femmes
et les enfants attendent également ce jour pour étrenner
une nouvelle robe et recevoir un cadeau.
Je partagerai cette journée avec la famille de N'Diaye
et Fama à Thies, ville distante de 50kms environ
de M'Bour. Nous partirons très tôt en taxi
brousse et nous rentrerons dans la nuit.
folklore, images, sons et odeurs assurés
.
15/12
Je reviens à Sinthiarne pour leur apporter une nouvelle
poulie et une corde. Les trois puits sont à présent
équipés . Je retrouve le grand-père
à la vue déficiente. Le collyre n'a pas eu
l'effet escompté. Seule satisfaction, il souffre
un peu moins. En voyant tous ces enfants je rêve de
construire un petit bâtiment qui servirait d'école
comme
ce sera prochainement le cas à Keur Gondé
grâce aux dons d'une association bretonne
Je rêve
car seul les plus grands garçons
vont au village voisin pour apprendre à lire et écrire
quand tout va bien
par contre les filles des villages
restent pour la plupart d'entre elles à la case et
servent très jeunes, de bonnes à tout faire
elles portent aussi bien que les adultes le seau d'eau sur
leur tête et le petit frère ou la petite sur
sur leur dos
peu nombreuses sont celles qui réussissent
à poursuivre leurs études, au mieux elles
trouveront du travail chez les toubabs pour 2000F cfa .(3€)
par jour. Très tôt la famille la mariera et
très tôt un enfant naîtra suivi d'un
deuxième et d'un autre encore
jusqu'à
ce que le mari prenne une femme plus jeune et ainsi de suite
.
Il semble cependant que petit à petit les mentalités
évoluent en faveur de la monogamie mais c'est loin
de se généraliser
Depuis mon arrivée c'est la première
fois que je me lève avec un ciel couvert de nuages
aussi denses. La température est cependant toujours
aussi douce et l'eau de mer reste très bonne ; à
mon avis elle avoisine les 20 degrés ; presque tous
les soirs je vais nager quelques brasses. C'est du plaisir
quand on sait que nous sommes, comme en France, en hiver
quant aux nuits, il fait suffisamment frais pour tirer le
drap au petit matin.
Je sympathise avec un autre couple de français
qui s'installe définitivement au Sénégal.
Malheureusement j'apprends qu' ils viennent de subir un
vol dans la case qu'ils louent en attendant d'habiter leur
propre maison . Alors qu'ils dorment les voleurs dérobent
passeport, argent, micro portable, téléphone
portable, appareil photos etc
La raison d'un tel pillage est lié à la tabaski,
car l'achat d'un mouton (de 40000 à 100000F cfa n'est
pas à la portée de tous et donc pour y arriver
tous les moyens sont bons). A vous de juger
Il est
courant actuellement de se faire interpeller dans la rue
pour offrir notre aide pour commémorer cette tradition
musulmane.
Ils vont jusqu'à imposer le cadeau à offrir
"toubab, t'as pas trente mille francs
"
?
Avec les photos prises tout au long de mes
déplacements, je monte petit à petit le diaporama
qui me permettra dès mon retour en France, à
poursuivre l'uvre engagée.
Son but est d'informer tous les adhérents et sympathisants
de l'AAD mais aussi de convaincre que nous pouvons faire
plus encore. Avec l'expérience acquise, nous pouvons
ensemble, aller un peu plus loin dans les démarches
humanitaires entreprises. Tout en restant dans la même
orientation fixée dans nos statuts à savoir
la scolarisation, le problème de l'eau, la santé
etc.. j'envisage si les moyens me sont offerts, de construire
dans un village une école. Ainsi, ce ne serait plus
un choix arbitraire lorsque nous parrainons tel ou tel enfant,
mais une uvre qui aurait des conséquences plus
générales et tout aussi importantes. Evidement,
la réponse viendra de ceux que je vais croiser et
convaincre.
Le fossé qui sépare nos deux continents est
immense et même si nous avons le sentiment que nos
difficultés quotidiennes ne cessent de grandir en
France, rien n'est comparable avec celles que rencontrent
une forte majorité d'africains. Peu équilibrée
car peu variée, la nourriture au quotidien reste
une des priorités et tout ce qui touche la scolarisation
et la santé est loin d'être résolu C'est
pourquoi, construire une école est un pas de plus
vers ce que j'appelle " l'aide à une activité
durable ".
la suite au prochain courriel
20/12
C'est le jour de l'inauguration de l'épicerie de
Keur Youguar.. Nous avions prévu de finir les travaux
avant la Tabaski et chose rare au Sénégal,
nous sommes parvenus à tenir cet engagement. C'est
donc la joie partagée avec les familles du village
et un moment de bonheur qui restera gravé dans ma
tête. Le verre de coca ou d'orangina pour les Sénégalais
et un pastis et whisky pour les toubabs invités,
accompagne la fête après que le chef du village
eût coupé le ruban confectionné à
la hâte avec des bouts de chiffons.
23/12/07
Prévu à 6h du matin le départ pour
Thies avec un taxi brousse conduit par un de ses frères,
a lieu finalement à 8h pour cause d'embouteillages.
Effectivement le jour de la tabaski, tout ce qui roule est
sur les routes pour se déplacer et autant dire que
ce sont des centaines de milliers de personnes qui rejoignent
leur famille pour célébrer cette fête
musulmane.
Ville natale de N'Diaye, la ville de Thiès se situe
à l'est de Dakar. Nous l'atteignons sans problème
malgré la vétusté du véhicule,
une Peugeot 505 des années 70, dont il est impossible
de décrire son état, tellement tout ce qui
est visible serait à mettre à la ferraille.
Le comble est qu'elle roule toujours et qu'elle continuera
de rouler encore et encore
avec un pare brise zébré
de toute part
, plus de tableau de bord et de démarreur
,
une portière qui tient avec du fil de fer, des sièges
sans tissu, remis en forme avec des morceaux de bois, plus
de trace de poignées ou de lève vitre, plus
d'amortisseur et bien évidemment des pneus aussi
lisses que l'intérieur des mains légèrement
ridées
Lorsque vous montez dans ce type de véhicule, il
ne faut surtout pas penser aux risques encourus, sinon vous
redescendriez aussitôt à condition que la portière
s'ouvre de l'intérieur car ce n'est pas toujours
le cas
Le papa de N'Diaye, retraité de l'enseignement
d'une école primaire, sa femme et ses enfants (5
garçons sur les 7 vivants) cousins et cousines, m'accueillent
chaleureusement alors qu'ils montrent très peu d'
émotion à N'Diaye et à sa Femme qu'ils
n'ont pas revus depuis des mois. Je fais aussi la connaissance
de la fille de N'Diaye, une adorable petite fille de trois
ans aux yeux magnifiques. Un peu intimidé par ma
présence, elle accepte malgré tout de se laisser
prendre dans mes bras. Elevée par les grands parents
depuis sa naissance, elle ne parait pas être attachée
à ses parents et en particulier à sa mère
qui attendait pourtant ce moment avec impatience.
L'un des fils est apprenti routier. Il parcourt à
longueur d'année les routes de l'Afrique. Les conditions
sont très difficiles me dit-il ; il sait quand il
part, il ne sait jamais quand il reviendra. Un autre frère
âgé de 16 ans est amateur de foot ; il rêve
de devenir professionnel
le plus jeune est scolarisé,
quand aux autres ils vaquent à droite à gauche
comme ils peuvent
la galère pour ne pas dire
le chômage à la sénégalaise
La prière terminée, le moment de tuer le mouton
arrive. Dans le sable de la cour familiale deux trous sont
faits à la hâte, l'un est destiné au
sang, l'autre aux entrailles du mouton. C'est le père
qui l'égorge entouré de toute la famille.
La bête tenue par les hommes, ne bouge pas, ne pousse
aucun gémissement au moment de l'acte fatal. Quelques
soubresauts et c'est fini. Pelé avec beaucoup d'attention
pour ne pas déchirer la peau qui servira une fois
séchée, à s'agenouiller au moment de
la prière. Les côtelettes sont grillées
au barbecue tandis que la Maman prépare oignons et
pommes de terre dans une marmite " calottée
" par le feu de bois. Dans une grand faitout posé
sur un feu de braises les autres morceaux coupés
menus cuisent. Tout le monde s'agite mais dans une ambiance
sereine, heureux de partager cette fête en famille.
L'appareil photo ne chôme pas et je reste souvent
surpris des scènes que je vois.
A présent accoutumé du fait, je partage le
repas en prenant avec mes doigts la nourriture disposée
dans un grand plat. A la fin du repas les trois tasses de
thé me sont servies comme le veut la coutume; la
première dit-on est forte comme l'homme, la deuxième
sucrée comme la femme et la troisième douce
comme l'amour. Quand aux enfants, ils vont à présent
de maison en maison réclamer leur cadeau, en principe
ça se résume à une pièce de
monnaie. C'est leur Noël
.à eux.
La maison se vide après que chacun d'entre eux se
soit mis sur son " 31 " et un coup de bombe magique
de désodorisant sous les bras ; les poules picorent
le sol tandis que le mouton blanc qui les protège
m'a-t-on dit des mauvais sorts, se promène également
à l'intérieur de la maison . Il est évident
que l'hygiène fait grandement défaut et est
loin d'être leur priorité.
Il est 18h, le soleil décline et pour la première
fois depuis mon arrivée au Sénégal,
je ressens une certaine fraîcheur. Par chance j'avais
prévu une petite laine. La fête se poursuit
dans la rue mais l'éclairage est défectueux
et ne me permet pas d'apprécier le va et vient des
personnes toutes vêtues de nouveaux habits. Étonnamment
maquillées, je devine les visages des femmes. J'aurais
apprécié plus encore ces scènes si
j'avais pu saisir ces images avec mon appareil photo
Nous retournons sur MBour vers les 22h, la ville de Thiès
reste animée et une multitude de véhicules
attendent d'être pleins pour partir. On ne roule jamais
en taxi brousse s'il reste une place de libre
l'attente
peut être très longue parfois
car l'essence
est trop chère (650F cfa/litre) pour effectuer le
voyage à vide
28/12/07
Je passe la journée de Noël dans le calme de
ma case, la radio branchée sur fréquence jazz,
pour toute compagnie. Je confectionne avec mon couteau suisse
et de la colle à bois une " mini case "
en contreplaqué recouverte de chaume et sur laquelle
j'inscris A.A.D. et les projets. C'est, en fait une tirelire
pour d'éventuels " toubabs " de passage
à Saly qui souhaiteraient faire un don à l'AAD.
Elle sera exposée chez un locataire de quads. Pourquoi
ne pas rêver que l'aide puisse venir de l'Afrique
aussi
car à ce jour il est difficile de convaincre
et d'obtenir de l'argent
certes il y a actuellement
tant de sollicitations de toutes parts que les personnes
en sont saturées
mais le comble se vérifie
également, ce sont les gens les plus aisés
qui refusent de donner.
29/12
L'année 2007 touche à son terme et je suis
moi-même étonné de tout ce qui a pu
arriver au cours des mois précédents. Malgré
certaines difficultés je suis satisfait et heureux
d'avoir entrepris toutes ces démarches au Sénégal.
J'espère seulement que l'avenir me donnera encore
l'occasion de poursuivre l'uvre commencée.
Certes cela dépendra de tous ceux qui m'ont fait
confiance et qui m'épauleront encore pour faire grandir
l'association.
Comme pour tout ce que l'on veut tenter il ne suffit pas
de nos jours d'en avoir le désir ou la volonté
mais il faut aussi les moyens
.
La goutte d'eau dont j'ai parlé tout au début
de mes projets s'est déjà transformée
en petit ruisseau
et j'ai le sentiment et la conviction
de pouvoir atteindre prochainement un petit affluent
A l'an prochain
4/01/08
Je me retrouve au Sénégal pour la deuxième
année consécutive pour commencer cette nouvelle
année et rien ne présageait lors de mon 1er
séjour en décembre 2006, une telle aventure.
Depuis lors, beaucoup d'évènements ont changé
ma vie. A l'origine de tout cela, la rencontre avec un jeune
sénégalais. A présent, je suis heureux
de ce parcours car enrichi d'une expérience à
laquelle je ne pensais pas un jour être l'auteur et
l'acteur.
En ce début d'année après réflexions
et concertations, je me préoccupe de trouver du terrain
pour la culture maraîchère. Je vais l'attribuer
à François NDiaye un habitant du Village de
NDianda près de Joal. Ma rencontre avec cette famille
très pauvre mais tout aussi attachante m'incite à
entamer cette nouvelle action. Dans les détails,
il s'agit de remettre un jardin en état de produire
des légumes. L'oignon est apprécié
et très employé dans la cuisine sénégalaise.
On le retrouve partout. Ce sera donc ce légume qui
sera semé et repiqué en premier. Le terrain
est enrichi avec du fumier de cheval et les bouses de vaches.
Ce nouvel exemple de coopération soutiendra cette
famille et servira d'exemple.
A la croisée des chemins je rencontre
un couple de toubabs et de notre discussion une autre idée
est née. Il s'agit dans les faits d' apporter une
aide tout aussi précieuse dans le domaine de la santé
et en particulier aux personnes atteintes du paludisme.
J'apprends qu'une plante peut être utilisée
contre le paludisme ; Il s'agit d'une espèce de la
famille des Ambroises, " l'Artémisia Annua ".
Les feuilles renferment une propriété antipaludique
" l'Artemesine " qui est efficace contre plusieurs
souches de parasites responsables du paludisme. C'est pourquoi
je vais me renseigner pour trouver les graines et tenter
l'expérience sur le sol sénégalais
après autorisation .
Affaire à suivre
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