CARNET
DE ROUTE - 9° Voyage
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Jusqu'à présent je vous donne des nouvelles
une fois rendu sur place ;
Si j'anticipe, c'est pour vous montrer avant mon départ
prévu le 9 décembre quelques photos du chargement
des 326 colis et du matériel récupéré
depuis mon retour en France.
Les 76m3 du conteneur furent rempli dans ses moindres recoins
par l'équipe à présent bien rodée
à ce type de travail. Pas moins de 7 heures d'effort
collectif pour arriver à nos fins et cela dans une
ambiance toujours égale. Merci à tous.
Vendredi 24 déc 2010
Je ne m’attends pas à ce que tout se déroule sans problème et heureusement que je suis à présent averti ; les difficultés sont plus faciles à traverser…
Le bateau appareille 4 jours plus tôt que prévu, le port ne nous informe pas… évidemment !
Or les dispositions de Doubaï-port ont changé ; nous disposons à présent de dix jours et non de quatorze comme précédemment pour sortir le conteneur.
La course contre la montre commence pour éviter les pénalités journalières du port. (100 €/Jour). Malheureusement, nous n’y échappons pas totalement à cause de la fermeture de leur bureau, le vendredi veille de Noël. Nous prévoyons de ce fait sa sortie pour mardi.
De plus, avant d’arriver à sa destination finale, nous devons une fois encore nous plier aux exigences douanières. Contre toute attente, la douane nous demande de passer le conteneur au scanner… c’est à coup sûr l’amende (trop d’objets non déclarés) et beaucoup de journées d’attente car la file des conteneurs qui doit passer au scanner est impressionnante… Heureusement que Boubacar, le transitaire employé à présent pour régler les formalités d’usage, nous sort des griffes sans trop de dommage financier. Le pire est donc évité…
Le mardi matin, le conteneur prend enfin
la route de Mbour à 6 heures. Passage obligé
et arrêt par la volante à Rufisque (une bonne
heure), arrivé à Mbour à 12 h,
freiné par le convoi présidentiel. Le Président
Wade est venu inaugurer un musée à Sally.
Une flotte de 4X4, vitres tintées,
sirène de la police motorisée, rien ne manque
pour attirer l’attention de la population locale,
plus soucieuse à trouver pitance qu’à
ovationner un président de moins en moins populaire
à présent. Trop de coupures de courant, trop
de chômage, trop de « manques »
dans cette Afrique oubliée par ses dirigeants
pour que le pays se développe vraiment.
Il reste à franchir les 800 m de piste qui mènent au « dispensaire Jo » pour le déchargement.
Les amis, le personnel embauché, tous sont là prêts à donner le coup de main au déchargement ; un plan est dressé pour le rangement des 326 colis et de tout le matériel hétéroclite mais prépcieux.
Il fait très très chaud et nouvelle surprise pas ordinaire : le chauffeur refuse de conduire le 35 tonnes sur le sable de peur de se planter ; trois heures de discussion et toujours la même obstination… son patron mis au courant de notre situation parvient après une autre heure de palabre à le convaincre enfin. Mais je suis de plus en plus inquiet car connaissant la susceptibilité de ces personnes, je me dis qu’il est capable de s’ensabler pour prouver qu’il avait raison…et c’est en fait ce qui arrive à 100 mètres du but…
N’ayant pas réussi après deux autres heures passées à sortir le camion de son lit de sable, je prends la décision de reconduire les opérations de déchargement au lendemain. La nuit pointe et l’obscurité sera totale d’ici une petite heure ; je refuse donc d’ouvrir le conteneur et de faire le transport à la main des 76 m3 de matériel pour franchir les 100 derniers mètres dans aussi peu de temps. Le risque de ne pas tout maîtriser et d’assister à un grand désordre est trop important ; je remercie toutes les personnes qui patiemment avaient attendu toute la journée pour rien et je donne rendez-vous à demain.
La nuit comme souvent dans ce cas là, me permet de formuler la conduite à tenir pour trouver la bonne solution.
Au petit matin avec Abdou, je réveille le chauffeur qui avait passé la nuit abrité dans une couverture, entre les roues du semi-remorque. Il ne parle pas un mot de français mais Abdou me sert d’interprète afin d’imposer mes intentions pour nous sortir de ce pétrin.
Je récupère des tôles, la manœuvre est payante puisque moins d’une heure après, le conteneur est positionné près du dispensaire. Plus facile à décharger qu’à charger, il est entièrement vidé de son contenu après deux heures d’effort.
Vers 14 heures, nous partageons le bol de riz tous ensemble, heureux d’avoir atteint le but que nous nous étions fixé. Huit mois auparavant nous commencions sa collecte …à Avignon. A présent, dernière étape à franchir : la distribution. Pour se faire, je dispose de nombreuses semaines puisque je ne retournerai pas en France avant mi-mars.
J’attends à présent l’ambulance ; un contretemps et les conditions climatiques ont retardé une énième fois son acheminement. Elle doit arriver à Dakar aux environs du 13 janvier. Je croise les doigts car depuis 10 mois nous espérons son débarquement.


Jeudi 20 JANVIER 2011,
J’attends non sans une certaine émotion le moment où je vais apercevoir l’ambulance ; dix mois sont déjà passés depuis son acquisition à Avignon ; Boubacar, notre transitaire a fini les nombreuses démarches douanières pour sortir le véhicule du port de Dakar.
Trois jours ont été nécessaires, ce qui évidemment a été suffisant pour sanctionner son parcage d’une taxe supplémentaire non négligeable.
Nous avons rendez-vous devant l’embarcadère de l’ile de Gorée pour 15 h.30 ; nous sommes à la veille du Magal, fête religieuse des Mourits qui se célèbre chaque année dans la ville de Touba où réside le Grand Marabout du Sénégal. Il faut sortir de Dakar avant 17 h. car il devient alors impossible de circuler. La fête de Touba n’arrange pas notre déplacement. Des milliers de voitures, de cars collectifs accompagnés dans l’embouteillage par des centaines de marchands ambulants, partent dans la même direction. Bondés de gens et chargés sur la galerie d’un monticule de bagages hétéroclites, ils se faufilent à pas de fourmi dans la seule route qui rejoint Pikine, Rufisque et Mbour.
Avec seulement quelques minutes de retard nous voyons apparaître Boubacar qui nous conduit aussitôt à l’ambulance. J’aperçois enfin son capot ; le voyage n’a pas arrangé la carrosserie…quelques éraflures mais rien de bien méchant…Je m’empresse de l’ouvrir mais à ma grande surprise je constate que la porte latérale est forcée. Je suis bien obligé de me rendre à l’évidence, la guitare que j’avais récupérée la veille de mon départ et planquée sous le brancard a disparue. Je rentre dans une colère noire… je laisse échapper un chapelet de gros mots…pour me soulager. Rarement j’ai ressenti une telle déception…Comment expliquer à présent au jeune handicapé à qui je l’avais promise que je ne pouvais pas une fois encore la lui offrir…
C’est ainsi, nous avançons projets après projets contrariés certes mais satisfaits cependant des résultats jusqu’à présent obtenus. A présent je vais m’attacher à améliorer le dispensaire pour deux raisons essentielles : la première et la plus urgente est de mettre tout en œuvre pour construire sur le toit terrasse existant, une chambre afin de loger la matrone qui assurera la permanence de nuit. Ici plus qu’ailleurs les enfants naissent en majorité la nuit et nous devons assurer les accouchements de toutes les femmes qui sont suivies au dispensaire durant leur grossesse. La deuxième est de garantir la sécurité des biens et c’est pourquoi nous devons aussi construire une chambre de gardien.
Ces travaux engendrent des frais d’un montant de 3000000 frs soit 4500 € environ. Dès mon retour en mars, nous allons nous consacrer à la réalisation de ce projet et trouver un groupe pour palier aux manques de courant de plus en plus fréquents... Plus de douze heures par jour... raisons invoquées officiellement : pannes mécaniques des centrales et carburant déficient...

Dimanche 13 févr. 2011
Plus de deux mois sont passés depuis mon départ de France et je m’étonne moi-même d’être à moins de quatre semaines de mon retour. Certes, avec l’arrivée du conteneur et de l’ambulance les journées sont bien remplies. Debout dés 6h30 je rejoins Abdoulaye au bureau de l’ISEM, nous traçons notre programme quotidien mais ici plus qu’ailleurs les choses ne se déroulent pas comme prévu et le bilan au soir de notre journée fait apparaître parfois, pour ne pas dire souvent, des manques…
Bien des choses ont évolué depuis un an ; à deux jours de la date anniversaire de l’ouverture du dispensaire nous pouvons afficher un bilan général positif ; Deux mille neuf cents visites dont 11 accouchements.
Une « ombre » cependant est venue assombrir ce panorama prometteur. Comme cela se produit partout dans le monde, nous n’échappons pas à la mésaventure. Un appel téléphonique des autorités de la santé nous fait part de la fermeture immédiate de notre maternité ainsi que du laboratoire pour « non-conformité ». Je préfère en rire quand on connaît l’ensemble des dispensaires et autres centres de santé du Sénégal, mais j’ai vraiment envie de pleurer devant tant d’absurdité et de bêtise. Dans les faits, certaines personnes mal intentionnées et porteuses de rumeurs ont provoqué cette fermeture. Par prudence nous devons nous plier aux règles pour éviter le pire.
Notre rencontre de jeudi dernier avec le médecin chef qui gère le district sanitaire devrait aboutir mais ici plus qu’ailleurs le temps n’a pas la même importance et nous ignorons quand nous aurons l’autorisation d’ouvrir à nouveau.
Pour la petite histoire, je vais vous raconter
que le jour même de mon arrivée c'est-à-dire
le 10 décembre à 20h30, alors que je
regagnais ma case dans le noir le plus complet, faute d’électricité,
le portable sonne ; une personne anonyme me signale
qu’une femme est prête à accoucher et
gémit devant le dispensaire, allongée à
même le sol. Aussitôt avertie, la sage-femme
arrive dans le quart d’heure qui suit ; je rejoins
à mon tour le dispensaire pour mettre en route le
groupe électrogène et moins de dix minutes
après notre arrivée, j’entends les cris
du petit garçon qui vient de naître… Comme
ils prennent l’habitude de dire après une naissance,
un petit « zzo » est né…Loin
de toute infrastructure sanitaire et surtout faute de moyen
quen aurait-il été de cette maman et
de son enfant…si le dispensaire ne l’avait
pas accueilli ?
Le matériel acheminé dans les deux conteneurs est performant et fonctionnel, des salles du dispensaire propres et les lieux font l’admiration des personnes qui le visitent alors que tout fait défaut ailleurs.
Je regrette que cette convoitise suscite ces méprises car ce manque de responsabilité individuelle engendre beaucoup de tort à l’ensemble de la population déjà défavorisée.
Nous allons donc attendre « cette autorisation » avant qu’un autre bébé voit le jour au « dispensaire Jo », comme ce fut le cas pendant 11 fois …
Malgré cela le 15 février est « jour d’anniversaire » et pour le fêter on soignera « gratis ». Ce sera notre façon de marquer l’événement. De plus à cette occasion, les petits vêtements cédés par nos partenaires du « Grenier de Jade » serviront de cadeaux aux enfants
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